Le bus arrive enfin. 3h30 depuis la Havane. Ce n’est pas très long mais je n’arrive pas à m’endormir, je n’ai pas envie de lire et le paysage qui défile par la fenêtre n’est pas beau. Cette halte à La Terraza, un complexe touristique n’a fait que retarder notre arrivée. Il est un peu plus de midi et nous avons l’estomac vide. Avant de partir nous avons refusé de petit déjeuner là où nous avions dormi, Calle Obispo, Habana Vieja (vieille ville). Un homme toqué dans ce qui ressemble à un comedor (food court en anglais et complexe de restauration en français ?) nous a interpellé un peu avant de prendre le taxi pour la gare routière. Salchipan (hotdog) pour 1 CUC*. Prix divisé par deux quand on lui a dit qu’on paierait en Moneda Nacional*. Ce qui a signifié : « Arnarque moi, mais pas trop car je suis pas né de la dernière pluie ».

Les rabatteurs cubains

Les touts, ou jinetero comme ils les appellent ici nous accostent, nous accrochent même. Ces types vivent principalement du business des commissions. Ils remplissents les maisons d’hôte – Casa Particulares – moyennant une commission d’environ 5 CUC la nuit pour une chambre qui en coute généralement 20. Difficile dans le lot de trier ces arnaqueurs des propriétaires désespérées. La ville de Vinales est assez simple, c’est une grande rue, le reste de la ville s’étend autour. Difficile à croire qu’il y a dans les 40 000 habitants ici, on se sent rapidement comme dans un grand village. Après cette esquive rapide, nous sommes donc engagés sur la voie principale, vers l’entrée de la ville, là d’où notre bus est arrivé. On sait qu’il y a des casas particulares, le signe bleu « Arrendador Divisa » on l’a aperçu à de nombreuses reprises depuis le bus.

Trouver la bonne Casa Particular

Une casa, deux casas puis trois et même quatre. C’est toujours plein. Avec 300 casas particulares dans la ville on sait qu’on trouvera, cependant on aimerait bien rester sur l’artère principale et pas s’éloigner trop du petit centre. Alors qu’on frappe à une énième porte et que personne ne semble nous entendre, un jeune homme sur le trottoir d’en face nous fait un signe. A côté de cette maison jaunâtre il y a un petit chemin bétonné. Avec Anh, ça nous embête d’y aller maintenant, car on craint une commission. Tant pis, si le prix est conforme à notre attente, pourquoi pas. La dalle en béton mène à une maison assez basse et moins colorées que celles qui ont pignon sur rue. La petite flèche bleu indique bien que c’est une maison d’hôte. Alors qu’on observe la situation, une petite dame surgit de la gauche de l’entrée qui nous fait face. Elle est a les cheveux blanc, quelques rides et surtout un regard et un sourire qui donnerait presque l’impression d’arriver chez notre maman. Elle attrape les mains d’Anh qui est d’un coup déconcertée, elle qui s’apprêtait à lancer son texte, maintenant bien rôdé : « Ola, estamos buscando una habitacion ! ». Avec Anh nous nous lançons un regard, puis on se murmure : « C’est la bonne ». La visite de la chambre est surtout une formalité.

La Casa d’Omaida à Viñales

Omaida ressemble un peu à une jeune mamie. Elle ne se teint pas les cheveux, mais elle se maquille. Elle a surtout un air innocent, candide. Après s’être installé, elle nous explique qu’un pan de la maison est dédié à ses invités. Qu’on y est comme chez nous. Elle nous présente sa famille. Elle a 2 fils, Xavier et Alberto. Xavier est barbier. Alberto est encore à l’université, il étudie la médecine. Comme son père, qui se prénomme Alberto aussi. Omaida nous explique qu’en tant que médecin il n’y a pas de problème pour trouver du boulot, parce que, par loi, il doit y avoir 1 médecin pour 120 habitants. Elle nous dira aussi plus tard que son mari va travailler tous les jours en faisant du stop. Même médecin on ne devient pas riche à Cuba.
Lorsqu’on sort, Omaida est toujours là pour nous conseiller avant de partir. Systématiquement elle nous demande les heures auxquelles ont souhaite diner, petit déjeuner. Je l’ai vu regarder la rue devant chez elle quand nous rentrions en retard de notre après-midi de cheval dans la vallée de Viñales. Elle s’inquiétait pour nous.

1 jour, 2 jours puis finalement 4. Nous sommes restés plus que « prévu » à Viñales. Nous étions un peu comme à la maison chez Omaida. La cuisine hyper copieuse, l’attention quotidienne et le plaisir d’en apprendre un peu chaque jour sur leur façon de vivre suppléé par les paysages de la vallée et c’était devenu difficile de quitter la ville.
J’écris sur son livre d’or :

« Il y a des gens qui ne trouvent jamais leur voie et d’autres qui semblent être né pour ce qu’ils font. Omaida fait parti de ces derniers. En s’engageant dans ce petit chemin après avoir frappé aux portes des autres casas particulares de l’avenue principale depuis la station de bus, nous étions sceptiques. Puis elle est sortie de sa petite maison pour attraper les mains d’Anh. Pas de doute, c’est la bonne s’est on murmuré.
1,2, 3 puis 4 jours, difficile de quitter Vinales après ce rêve éveillé. Chez Omaida, toujours prévenante, on s’est senti comme à la maison. Omaida est née pour recevoir.
Ne manquez pas la langouste bien sûr, mais le poulet demeure ex-aequo. Demandez lui un flan et pourrez vous délecter d’un kilo de pure gourmandise. On conseille fortement la balade à cheval dans la vallée ainsi que les cours de salsa avec Omar. Sortez, baladez-vous et découvrez l’ouverture des gens du coin ! »

Anh lui offre une robe qu’elle ne met plus. Je lui offre un porte clé tour Eiffel. Omaida a les yeux qui brille. Une embrassade, puis un dernier signe de main au bout du chemin qui sort sur la rue. C’est avec un petit pincement au coeur qu’on quitte Viñales, notre première halte à Cuba.

*A Cuba il y a 2 monnaies en circulation :
Le CUC, pesos CUbain Convertible. Il est apparu après le retrait du dollar de l’économie cubaine en 2004. Il vaut plus ou moins 1$.
La MN, Moneda Nacional. C’est la monnaie plus faible utilisée par les cubains. Il faut 25 pesos de MN pour faire 1 CUC.


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